La Democratie à Madagascar

La Democratie à Madagascar
un soutien marqué mais un fonctionnement à améliorer


Comme de nombreux pays du continent africain, Madagascar s'est engagé au début des années 1990 dans un processus de démocratisation. Cette mutation s'inscrit dans un processus plus large à l'échelle du monde, qui a été qualifié de troisième vague de démocratisation. Cependant, le scrutin présidentiel du 16 décembre 2001, qui a plongé le pays dans une crise politique profonde, a remis provisoirement en question ce processus. L'apaisement de la situation depuis lors appelle néanmoins un certain nombre d'interrogations quant aux soubassements sur lesquels repose l'équilibre actuel.



Si les Malgaches préfèrent de loin la démocratie à toute autre forme de gouvernement, et rejettent
massivement toute tentative de restreindre leurs droits politiques, leur soutien n'est ni unanime, ni
exempt de certaines ambiguïtés. Bien que le terme de démocratie soit positivement connoté, près de la moitié des citoyens ont des difficultés à en préciser la définition, cette proportion croissant de façon inquiétante dans les catégories défavorisées.

Au-delà des principes, la population se montre assez circonspecte sur son fonctionnement effectif. Plutôt satisfaite quant à la transparence des processus électoraux, elle dénonce en revanche massivement le discrédit de la classe politique. Néanmoins, les Malgaches sont largement convaincus que le respect des principes et de la gouvernance démocratiques est en progrès dans le pays. De plus, les anticipations sur ce front sont favorablement orientées.

Des politiques actives, notamment en matière d'éducation civique, devraient être mises en
½uvre afin de consolider les acquis démocratiques obtenus ces dernières années.
Un soutien marqué mais parfois ambigu à la démocratie.

A choisir entre différentes formes de gouvernement, la démocratie apparaît comme le régime politique préféré des Malgaches, même si ce choix est loin de faire l'unanimité.

Ainsi, 43% de la populationoptent pour la démocratie, contre seulement 6% qui affirment que dans certaines circonstances un gouvernement non-démocratique peut être plus adapté. Malgré cet avantage relatif à la démocratie, un certain nombre de zones d'ombre se font jour. D'une part, une très forte proportion de citoyens ne se prononce pas sur ce plan, soit qu'ils considèrent que le type de régime ne les concerne pas (33%), soit qu'ils ne savent pas que répondre à la question (18%). D'autre part, le soutien à la démocratie est moins fort dans les couches sociales défavorisées (les ruraux, les plus pauvres, les moins éduqués). Si le rejet de la démocratie est toujours très minoritaire (inférieur à 10%), quel que soit la catégorie de population, rares sont celles pour lesquelles la démocratie recueille plus de la moitié des suffrages.

C'est le niveau d'éducation qui induit les variations les plus importantes : alors que 73% de ceux qui
ont achevé leurs études secondaire soutiennent inconditionnellement la démocratie, ils ne sont plus
que 18% chez ceux qui n'ont pas fréquenté l'école.

Le soutien mitigé à la démocratie doit cependant être nuancé. En effet, la population s'affiche
massivement en faveur de principes traditionnellement associés à ce type de régime. 88% des Malgaches approuvent l'idée que tout le monde doit avoir le droit de voter, quel que soit son niveau de compétence, contre 11% pour qui les élections devraient être réservées aux plus éduqués. 81% pensent que le choix des dirigeants doit passer par des élections libres et honnêtes, contre 14% pour qui d'autres méthodes seraient plus appropriées. 71% se prononcent pour une totale liberté politique, tandis que 16% voudraient que les autorités aient la possibilité d'interdire les partis d'opposition. 9% accepteraient que les élections et l'Assemblée nationale soient abolies au profit du seul Président, 12% se déclarent en faveur du parti unique et 17% verraient d'un bon ½il que l'armée dirige le pays.

Tous ces résultats convergent pour confirmer que la démocratie, sans faire l'unanimité, a la préférence des Malgaches, les entraves potentielles au plein exercice des principes démocratique étant rejetées par la grande majorité.


Pour plus d'un tiers des Malgaches (34%) la démocratie est définie par la garantie des libertés civiles et politiques. Elle est suivie de très loin par une acception en termes de développement économique et social, dont 5% se
réclament. Lorsqu'on cherche à « signer » le terme de démocratie, la balance penche sans ambiguïté du côté positif. Plus de la moitié de la population en ont une acceptation clairement positive (53%), contre moins de 2% pour qui la démocratie est associée à des aspects négatifs (conflits, confusion,corruption, abus de pouvoir, difficultés économiques ou sociales, etc.).

6% fournissent des réponses ambivalentes. Cependant si l'on y ajoute ceux qui ne savent pas expliciter le contenu de ce concept (40%), c'est également près de la moitié de la population qui n'est pas capable de donner un contenu précis au terme « démocratie ». Ce phénomène est inquiétant dans la perspective de la consolidation du processus de démocratisation de Madagascar, qui suppose que les citoyens soient informés pour pouvoir émettre des avis et faire des choix.

Une politique active d'éducation civique (que ce soit dans les programme scolaires, ou via les médias, par des campagnes de sensibilisation) devrait être envisagée.

Evidemment, cette incapacité à formuler un jugement sur la signification du terme «démocratie » est fortement corrélée avec le niveau d'éducation.

Elle touche plus de 70% de ceux qui n'ont pas
fréquenté l'école, 54% de ceux qui n'ont été qu'en primaire, pour finalement ne pas dépasser 7% chez ceux qui ont achevé le secondaire.

Fonctionnement de la démocratie : transparence électorale et discrédit de la classe politique

Si une majorité de Malgaches se prononcent en faveur de la démocratie, ils sont en revanche plus
circonspects sur son fonctionnement effectif. Seulement une personne sur quatre est convaincue que Madagascar est une démocratie pleine et entière.

Si on y ajoute les 24% de ceux pour qui le pays est bien une démocratie mais qui connaît des problèmes mineurs, environ la moitié des citoyens pense que la démocratie fonctionne de manière plus ou moins satisfaisante.

A l'autre extrémité, 7% affirment que Madagascar n'est pas une démocratie et 10% que le fonctionnement démocratique souffre de
problèmes graves.

La balance penche donc nettement en faveur d'une appréciation positive de la démocratie réelle. Il convient néanmoins de noter qu'un tiers des Malgaches n'a pas d'avis sur la question.

Si une moitié des urbains comme des ruraux pensent que la démocratie fonctionne correctement à Madagascar, les campagnes se montrent beaucoup moins critiques sur les défaillances du système. Ils éprouvent en revanche plus de difficulté à répondre à la question. Cette capacité à répondre augmente
aussi très fortement en fonction du niveau d'étude.

Mais au bout du compte, les plus éduqués se
montrent à la fois plus satisfaits et plus insatisfaits du fonctionnement démocratique.

Quel genre de démocratie est Madagascar en ce moment?

Une démocratie à 100%
Une démocratie avec des problèmes mineurs
Une démocratie avec des problèmes majeurs
Pas une démocratie


Parmi les sources de dysfonctionnements potentiels, la transparence des processus électoraux est un élément essentiel. Interrogée sur le scrutin législatif de décembre 2002, la population fait montre d'un optimisme marqué.

58% des Malgaches déclarent que l'élection a été parfaitement libre et équitable.
En comptant ceux pour qui seuls quelques problèmes mineurs ont été à déplorer, c'est près de quatre citoyens sur cinq (78%) qui se montrent satisfait de la manière dont les élections ont été conduites.

Ceci ne signifie pas que l'organisation du scrutin n'aurait pas pu être améliorée, ni qu'ils se
dérouleront toujours aussi bien à l'avenir, mais ce point de vue met en lumière les progrès accomplis
depuis la désastreuse expérience de décembre 2001.

D'ailleurs, parmi ceux qui formulent un avis
critique, moins de 7% pensent que le scrutin législatif n'a été ni libre ni équitable, tandis que 6%
considèrent qu'il l'a été mais avec des irrégularités majeures. Les 10% restants ne se prononcent pas.

Ces opinions positives sur le processus électoral sont corroborées par les faits objectifs. Ainsi,
l'immense majorité, soit 83% des personnes enquêtés, était enregistrée sur les listes électorales au moment du scrutin de décembre 2002.

Parmi les 17% qui n'étaient pas enregistrés, 7% étaient trop jeunes pour s'inscrire (7%) et 8% invoquent diverses raisons non identifiées dans l'enquête.

Finalement, seulement 0,2% déclarent avoir été empêchés de s'inscrire, tandis que 0,3% disent ne pas avoir trouvé le bureau de vote.

Au bout du compte, la question des listes électorales, qui avait été un des litiges majeurs de l'élection présidentielle de 2001, apparaît tout à fait marginale.

On notera également qu'à peine 1% du corps électoral n'a pas cherché à s'inscrire de manière volontaire, ce qui montre que l'acte électoral, à l'essence même de la démocratie, est revendiqué par la quasi-totalité des citoyens du pays.
Ce résultat est conforté par l'analyse de l'abstention et de ses raisons.

En effet, 89% du corps électoral réel (c'est-à-dire l'ensemble des inscrits) disent avoir voté, soit un taux d'abstention déclaré 11%.

En fait, 0,7% ont été empêché de voter.
En conclusion, le dernier scrutin législatif est
jugé comme largement transparent par la population, très peu d'électeurs potentiels ont été confrontés à des difficultés d'inscription et les citoyens se sont déplacés en masse pour voter, ce qui constitue un signe de bonne santé démocratique.

La démocratie progresse dans le pays et le processus devrait se poursuivre à l'avenir

La dynamique démocratique est cependant clairement favorablement orientée. En effet, plus de quatre Malgaches sur cinq (81%) jugent que «la liberté de choisir sans pression la personne pour laquelle on peut voter » est plus forte qu'il y a quelques années, 76% pensent que « la liberté de dire ce qu'on pense » est mieux respectée, 53% affirmant même que la situation sur ce front est bien meilleure.


Certes des progrès restent à accomplir puisqu'une minorité non négligeable est convaincue qu'un recul est à l'½uvre sur l'un ou l'autre front (de 5% à 20% suivant les cas, avec un
maximum de 20% pour « la liberté de ne pas être arrêté quand on est innocent »), mais de manière
systématique les solde d'opinions sont largement positifs : de +62 points pour la liberté électorale à
environ + 20 points pour la présomption d'innocence, la capacité d'influence des citoyens aux décisions publiques ou l'égalité devant la loi.

En d'autres termes, les Malgaches sont largement convaincus que le respect des principes
démocratiques et de la gouvernance (état de droit, participation citoyenne) est en progrès dans le
pays. Sans que l'on puisse dater précisément depuis quand un tel mouvement s'est enclenché, la formulation de la question posée laisse supposer que l'inflexion est liée au changement de régime
consécutif à la crise politique de 2002.

Finalement et malgré les difficultés rencontrées en pratique dans l'application des principes
démocratiques, les Malgaches se montrent assez optimistes quant aux perspectives de la démocratie à Madagascar.

30% jugent probable que Madagascar reste un pays démocratique dans les années qui
viennent et 18% vont jusqu'à considérer cette trajectoire très probable, soit près de la moitié de la population.

En fait, seulement 12% craignent un retournement de la situation et une régression dans ce domaine, auquel on peut joindre les 3% pour qui Madagascar n'est pas une démocratie.
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# Posté le lundi 24 juillet 2006 12:26

Stabilité politique et alternance démocratique en Afrique

Stabilité politique et alternance démocratique en Afrique
L'Afrique reste encore aujourd'hui le continent en proie par excellence aux conflits en tous genres, qui se sont installés plus facilement dans ses principales poches de richesse, paradoxalement au moment où, au moins depuis les années 90, elle s'est retrouvée dans le train de la démocratie, comme contrainte par la congruence des choses intérieures et extérieures, en particulier les pressions internationales qui sont montées, à partir du lien trouvé, par ou dans la mondialisation économique et politique, entre démocratie et
développement et qui ont montré comment cette mondialisation a affecté positivement la politique interne des états dans leur quête de démocratie et de développement. La situation est assez paradoxale, parce que la démocratie conduit normalement à passer de l'usage de l'épée à celui des mots (from words to words)
dans la résolution des problèmes sociaux, à renouveler les élites dirigeantes sans effusion de sang, c'est-à-dire hors de l'issue de tout conflit armé.

La démocratie : du positif au négatif


Il est courant de définir la démocratie par les critères suivants, qui lui feraient subir autant que ce que l'on entend par «peuple » ce que G. Burdeau appelle un «excès de significations » : liberté et égalité des citoyens qui se donnent respectivement à voir en particulier dans le lien public tissé par Kant entre la liberté
de penser et la liberté d'expression
et le rapport de ces citoyens à un Etat qui se veut lui-même neutre ; état de droit mettant fin à l'insécurité juridique et judiciaire et qui respecte les droits humains et culturels, en particulier l'éducation; pluralisme politique qui se manifeste notamment aux cours des compétitions électorales engageant plusieurs partis ; dans les institutions internationales, telles que l'UNESCO ou l'AIEF, qui font de la démocratie un facteur de « développement durable », qui nécessite donc la stabilité et la paix.
Ces critères, qu'on peut toujours compléter,constituent la définition positive de la démocratie qui arrive souvent jusqu'à comprendre aussi l'alternance. En effet, l'alternance, au moyen des urnes, n'est pas un critère parmi d'autres de la démocratie ; en y obligeant les gouvernants à être comptables de leur action.
Au sens négatif qui n'apparaît pas toujours clairement, même lorsque S. Goyard-
Fabre la définit comme un système conçut en termes de rempart contre l'arbitraire et l'autorité
par nos contemporains, dont l'aspiration à la liberté rend particulièrement hostile à tout ce qui ressemble aux chaînes du pouvoir. Cette définition négative semble
mieux apparaître chez P. Cornillon, qui accorde à la justice une place confortable en démocratie, où elle répare les erreurs et les abus en tous genres et qui finit par la doter d'un « dispositif d'autocorrection » qui en fait le « seul système politique capable de corriger ses propres dysfonctionnements », c'est-à-dire de
s'affirmer comme expérience inachevée, faisant du monde politique un monde tout aussi « ouvert ».

Si donc la démocratie est un lieu public qui doit pouvoir économiser la violence, dans son propre dispositif autocritique, alors on comprend la place que l'alternance y a toujours occupée avant même la tolérance. Le critère alternatif, favorisé par la justice démocratique, se retrouve naturellement bien loin devant tous les autres critères positifs qui peuvent cependant concourir à son avènement.

Un régime peut organiser parfaitement des élections, cela n'en fait pas pour autant un régime démocratique. Il peut s'agir simplement,
d'une démocratie d'« enveloppe » ou de « façade » ou encore de « comportement ».

Là où, chaque fois, les élections serviraient seulement à légitimer des pouvoirs, à accentuer les défauts du présidentialisme français, en favorisant notamment le détournement du
suffrage universel par les clans et les intérêts proprement privés ; au point que l'on est allé jusqu'à y demander la suppression pure et simple de l'élection présidentielle.

Cet appel à la suppression totale,
sinon au « boycott permanent » de ce genre d'élections peut paraître trop radical, en particulier à l'UNESCO où l'on se trouve encore confronté au difficulté d'universaliser la démocratie, tout en tenant compte des spécificités culturelles ou historiques

L'alternance démocratique, c'est-à-dire le changement de régime sans effusion de sang, est important en Afrique

L'alternance est une «expérience cruciale » en politique, où elle accomplit la justice démocratique. Elle seule permettra de mettre fin à la transition en cours en Afrique.

Elle est donc le grand défi politique à relever, à terme, où ils inspirent, structurent et participent diversement, voire arment nombre de coups d'Etat.

Dans des Etats sans personnalité souveraine et affaiblis par la mauvaise gouvernance qui a appelé les politiques d'ajustement structurel
, dans le dos de la mondialisation positive qui, a contrario, presse les dictatures à lâcher prise, en particulier par la conditionnalité de l'aide au développement – de la démocratie, entendu en un sens global qui comprend tous les aspects sous lesquels les membres d'une société sont appelés à s'épanouir ou tous les droits auxquels ils aspirent.
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# Posté le lundi 24 juillet 2006 11:36

Modifié le lundi 24 juillet 2006 13:16

Comment les malgaches choisissent leur Président ?

Comment les malgaches choisissent leur Président ?
Fin 1996, Madagascar a connu sa seconde élection présidentielle depuis les événements de
1991. La contestation populaire a alors conduit à la chute de la 2ème République et à
L'avènement de la 3ème, après plus de 15 ans de «socialisme réel ». L'élection présidentielle
de 1992-1993, qui peut être considérée comme le premier scrutin réellement libre depuis
L'indépendance, a vu la victoire d'Albert Zafy

Depuis les élections présidentielles de 1996, le calendrier électoral a été particulièrement
chargé : référendum constitutionnel et législatives en 1998, communales en 1999, régionales
en décembre 2000. De ce point de vue, et malgré les retards par rapport à la date des
échéances prévues initialement, le processus de transition démocratique poursuit son cours.

Depuis dix ans, Madagascar s'est donc résolument engagé sur la voie de la démocratie. Ce
pays a connu un véritable bond en avant par rapport à la situation qui prévalait jusqu'à la fin
des années 80. Sur ce front, plutôt que de s'opposer, les présidences successives
d'A. Zafy (1993-1996) et de D. Ratsiraka depuis s'inscrivent dans la continuité l'une de
l'autre.

En particulier, le retour au pouvoir de D. Ratsiraka en 1996 et son renforcement ultérieur ne
peuvent en aucun cas être interprétés comme une tentative de restauration autoritaire vers les
formes de gouvernance qui avaient cours sous la République socialiste. Non seulement, on
peut légitimement considérer qu'au regard des normes internationales, celui-ci a été
démocratiquement élu, mais les citoyens malgaches ont fait un choix «rationnel »

Les électeurs ne se sont pas déterminés en fonction de logiques identitaires ou communautaires (ethniques, religieuses ou clientélistes) mais en comparant les performances économiques respectives des deux candidats en lice, qu'ils pouvaient juger sur pièce, les deux ayant exercé successivement le pouvoir. Ils ont sanctionné A. Zafy, dont la législature s'est
caractérisée par une forte poussée inflationniste, accompagnée d'une chute massive des
salaires et des revenus
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# Posté le vendredi 14 juillet 2006 07:55

Modifié le lundi 24 juillet 2006 13:30

suite

suite
Confrontation des performances
objectives en matière économique sous les deux présidences de D Ratsiraka et de A Zafy


Il apparaît clairement que l'électorat s'est
montré peu sensible aux tentatives de manipulation de l'opinion publique par les hommes
politiques. Malgré le déficit d'information, la perception des électeurs malgaches est bien liée
aux réalisations effectives, dont on peut présumer qu'elles ont conditionné leurs choix. La
gestion calamiteuse des affaires publiques par l'équipe issue du mouvement populaire de
1991, le gâchis de l'immense espoir qu'il avait suscité et l'incapacité de l'opposition à
modérer ses appétits de pouvoir et à regrouper ses forces, ont fait du président déchu une
alternative sinon crédible, au moins envisageable. Entre deux maux, les Malgaches ont choisi
le moindre. C'est bien à cette aune qu'il convient d'analyser le retournement de l'électorat en
quelques années, et non comme la marque d'une quelconque lâcheté.

Non seulement, le communautarisme
et l'ethnicité sont loin de constituer les déterminants premiers du comportement électoral,
mais cette dimension de l'identité n'est ni irréductible, ni incompatible avec les principes
démocratiques. S'il est bien présent, le réflexe communautaire, fondé sur une crispation
ethniciste ou religieuse, n'est pas le principal facteur explicatif du vote.

L'alternance politique issue des urnes, comme la diversification des préférences électorales, sont autant d'éléments qui montrent que le suffrage universel remplit bien sa fonction de
récompense/sanction des politiques menées par les hommes au pouvoir.
Non seulement la clef ethnique n'ouvre pas toutes les portes des choix politiques, mais elle
n'est pas non plus le sésame de la compréhension des comportements et des valeurs dans les
autres champs de la vie sociale. Il faut y voir la conséquence d'une conception malgache de
l'ethnicité plus fondée sur la spécificité culturelle, associée à des coutumes et des traditions
historiques, que sur une acception raciale et donc raciste. L'identité ethnique, dans sa
diversité, est clairement conçue comme un facteur de richesse venant s'enchâsser dans
l'identité nationale et l'innerver, sans pour autant s'y dissoudre. Ceci explique le peu d'écho
que rencontrent les tentatives de mobilisation «ethnofasciste ».

Cependant, si l'ethnicité constitue aujourd'hui une zone de basse tension sociale, elle
reste toujours à la merci de manipulations par les entrepreneurs politiques (CF l' "ethnie" et la réalité de la sociopolitique )
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# Posté le vendredi 14 juillet 2006 06:34

Modifié le lundi 24 juillet 2006 13:11