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Le fameux cycle......

Le fameux cycle......
DE LA CRISE « A CYCLE DE 10 ANS » AU GRAND MOUVEMENT DE FOND « A CYCLE DE 50 ANS » ?

En se référant aux principaux évènements passés, il est important de noter les grandes dates de l'histoire récente de Madagascar :

â 1897 : Annexion de Madagascar par la France

â 1947 : Mouvements d'insurrection nationaliste contre les colons français

â 1960 : Accession à l'indépendance politique

â 1972 : Crise politique ayant mis fin à la première république (fin du régime Tsiranana)

â 1985 : Crise sociale autour du mouvement « kung-fu »

â 1991 : Crise politique ayant mis fin à la seconde république (fin du régime socialiste)

â 2002 : Crise politique ayant mis fin à l'époque Ratsiraka

â 2009 : Début de crise avec l'ère Ravalomanana

On distingue nettement deux grandes tendances : le grand cycle de 50 ans (1897 – 1947 – 2002 ...), ainsi que le cycle devenu classique de 10 ans (1972 – 1985 – 1991 – 2002 ...)

Le cycle de 50 ans s'articule autour des années phares de 1897, 1947, 2001. Quels sont les éléments communs ou fils directeurs de ces « grands évènements ? C'est un débat, apparemment très important, qu'il faut élargir le plus possible, auquel les quelques lignes suivantes ne constituent qu'un apport très partiel :

â L'importance des pressions externes, ainsi que l'ordre et la vitesse de succession de ces pressions, auxquelles les Malagasy n'étaient pas bien préparés : les agressions coloniales durant la seconde moitié du 19°siècle, les réponses à ces agressions durant la première moitié du 20°siècle, les premières expériences d'une indépendance retrouvée à partir de 1960, les premières expériences de démocratie et de libertés, la mondialisation commerciale, les pressions des appuis financiers multilatéraux et bilatéraux de l'après 1972, les crises mondiales diverses actuelles (financières, écologiques, etc.), mais aussi le rapide développement des TIC, la diffusion rapide des nouvelles, l'expansion du modèle occidental de démocratie. Dans tous les cas, le poids de ces facteurs externes semblait avoir été très décisif

â Les chocs subis, au niveau des identités et des valeurs fondamentales malagasy : le caractère sacré des terres mais qui ont été confisquées par les colons (c'était sans doute le grand facteur mobilisateur, lors de la « rebellion » de 1947, à Moramanga, Manakara, Ikongo, etc.), les regards envieux actuels de certains investisseurs de l'extérieur sur les terres arables de Madagascar (Ex. : projet de Daewoo Logistics), le culte effréné de l'argent occultant et diluant le Fihavanana (Concorde sociale, solidarité et entraide), le caractère sacro-saint de la vie humaine, etc.

Certains faits, apparus au début du 19°siècle (la traite internationale des esclaves autour des côtes africaines et malagasy, les premières tentatives d'unification pacifique de Madagascar opérées par Andrianampoinimerina, puis continuées par ses successeurs mais plutôt avec des moyens plus musclés durant tout le 19°siècle, avec des cicatrices encore à vif, même actuellement, dans plusieurs régions des côtes et du Betsileo), sont à rapprocher de ces « mouvements de fond », qu'on peut donc observer depuis les années 1800, dans l'histoire de la Grande Ile.

Chacune de ces crises majeures a généralement duré plusieurs années, avant de se concrétiser par une nouvelle situation sociale et politique stable, traduisant un nouveau rapport des forces en présence : par exemple l'insurrection de 1947 a débouché sur l'indépendance en 1960, l'annexion de Madagascar par la France en 1897 était précédée par plusieurs années de luttes armées et d'incursions des forces françaises en de nombreux points des côtes malgaches, etc.

Certains indices semblent suggérer, qu'on est au début ou peut-être au beau milieu de ce « mouvement de fond survenant probablement tous les 50 ans » :

â Les phases-tests de l'après-indépendance semblent largement dépassées : les citoyens cependant semblent avoir perdu tous leurs repères sociaux, économiques, culturels et politiques, et recherchent d'autres perspectives, et surtout sur quoi fonder de nouveaux espoirs ... D'où la nécessité de reconsolider les valeurs identitaires malagasy

â Les pressions des partenaires extérieurs deviennent plus difficiles à vivre, au fur et à mesure que le pays s'enfonce dans la pauvreté et la misère. Ce qui signifie aussi peut-être la nécessité d'une appropriation « partagée et volontaire », et non pas seulement par un groupe de minorité, des ressources extérieures, mais également la « démocratisation des sacrifices » qui y sont liés

â Des crises mondiales importantes pointent à l'horizon, et vont affecter et remodeler, bon gré mal gré, les fondements économiques, sociaux et culturels de la société malagasy d'aujourdhui et de demain : la crise alimentaire (quelle place pour le riz dans le futur ?), la crise énergétique (quelle alternative à la place du bois-énergie ?), la crise écologique et le dérèglement climatique (quel devenir pour la biodiversité ?), des tensions autour de la santé publique ( quels impacts auraient le sida, la fièvre de la vallée de Rift, etc. ?), la crise financière (quelles disponibilités pour les Investissements étrangers et pour les aides au développement ?). Plus on s'enfonce dès maintenant dans des grandes difficultés internes, plus Madagascar sera vulnérable face à ces crises mondiales présentes et futures. Et il faut s'attendre à des dégâts énormes sur tous les plans, tant humains, que sociaux, et économiques, etc.

L'urgence semble être la nécessité d'une vaste reconstruction sociale et culturelle, fondée en partie sur les valeurs anciennes malagasy, et leur mise en compatibilité avec les valeurs modernes de démocratie et de respect des libertés fondamentales : quelle marge de man½uvre, la mondialisation économique et commerciale, à laquelle Madagascar devra répondre présent, va-t-elle laisser à ce chantier « social et culturel » le soin de se chercher et de se bâtir ? De changements profonds sont attendus. Si la crise de 50 ans a débuté en 2001, le grand malaise s'explique par la sensation d'un « réel retour à la case de départ », voire un vrai retour délibéré en arrière, au lieu des « grands bonds en avant annoncés ». Les frustrations sociales sont à la mesure des déceptions profondes, vécues par le citoyen de la rue. Une dynamique de nettoyage et d'évacuation des « anomalies » et des « gabegies » semble s'enclencher. Les attentes, par rapport à une telle dynamique, c'est essentiellement : plus de justice sociale, plus d'équité, plus de croissance bien sûr, mais avec plus d'impacts sociaux. Le « mouvement social de fond » pourra ainsi aboutir à une nouvelle situation sociale et politique plus stable, permettant de mieux redistribuer les efforts comme les bénéfices de la croissance, de mieux motiver et de mieux mobiliser les forces économiques et sociales, et d'affronter avec sérénité les circonstances et autres « agressions » du monde extérieur.

Les crises de 1971, de 1972, de 1985, de 1991, de 2001 et 2002, illustrent à leur tour les crises à cycle de 10 ans, à l'intérieur donc de « l'autre crise », à cycle de 50 ans. Elles ont été toutes alimentées et nourries par les mécontentements sociaux, à la suite d'incuries, d'incapacités et de maladresses politiques. Il faut d'urgence rectifier et changer les orientations politiques, rétablir d'urgence la justice sociale, et instaurer la sérénité et la paix sociale. Mais si on est en face d'une « crise à cycle de 50 ans », cela ne suffit pas. La « paix imposée par la force », pas plus que la paix des prisons, et encore moins la paix des cimetières, ne constituent que des palliatifs techniques, permettant peut-être de juguler le court terme, mais, dans ces cas, ce sera une paix politiquement incorrecte, et socialement immorale. Et toute crise mal maîtrisée prépare le cycle de crise suivant.

Par Pascal Razafindramboa
Membre de la Société Civile de Fianarantsoa, Madagascar




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# Posté le jeudi 26 février 2009 09:33

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